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Notre système éducatif apprend aux jeunes à compter, mais pas à vivre

Alors qu’un jeune sur cinq est confronté à des problèmes psychologiques, que seuls 45 % des élèves sont intrinsèquement motivés à apprendre de nouvelles choses et que l’analphabétisme fonctionnel coûte à notre pays environ 2 % du PIB, le constat est clair : notre système éducatif ne prépare pas suffisamment les jeunes aux défis de la vie quotidienne. Dans un nouveau rapport, le think tank Itinera propose le concept de « vie compréhensive » comme réponse à ces défis.  « Aujourd’hui, les jeunes n’apprennent nulle part comment gérer leur argent, leur santé ou leurs émotions, alors que ce sont précisément ces compétences qui déterminent comment une personne se débrouille dans la vie », explique Johan Albrecht, du groupe de réflexion Itinera. « Même nos meilleurs élèves quittent l’école sans comprendre comment la société fonctionne réellement. »

Un décalage entre les compétences acquises et les compétences nécessaires

En Flandre, 18 % des adultes sont peu alphabétisés, 17 % ont de faibles compétences en calcul et 21 % disposent de compétences numériques limitées. Ce faible niveau de compétences est directement lié à davantage de pauvreté, à une santé plus fragile et à des perspectives d’emploi réduites. Parmi les personnes en âge de travailler ayant de faibles compétences en calcul, 66 % ont un emploi, contre 94 % de celles disposant de bonnes compétences dans ce domaine. Les chiffres de l’OCDE montrent toutefois qu’un tiers des travailleurs dans les pays occidentaux occupent un emploi qui ne correspond pas à leurs qualifications.

Dans un nouveau rapport, le think tank Itinera estime qu’il existe un décalage entre les compétences dont disposent les citoyens et celles que la société attend d’eux. « Notre programme d’enseignement est axé sur les qualifications et l’obtention de diplômes, et trop peu sur les compétences dont les jeunes auront réellement besoin plus tard dans leur vie », explique Johan Albrecht, chercheur chez Itinera. « Les jeunes quittent notre système éducatif sans savoir comment remplir une déclaration d’impôts, lire un contrat de bail ou faire face à des difficultés psychologiques. Nous mesurons les résultats de notre enseignement à travers les classements PISA, mais nous en oublions parfois l’essentiel : préparer les jeunes à la vie. »

Vivre en comprenant

En introduisant le concept de « vivre en comprenant », le rapport Itinera apporte une réponse à ce problème. Non pas comme une matière à part entière, mais comme un parcours d’apprentissage s’étendant de l’école primaire jusqu’à la fin de l’enseignement secondaire. Ce parcours se concentre sur six domaines : la littératie en santé, la régulation émotionnelle, la pensée critique, la littératie financière, la citoyenneté et la résilience numérique.

L'inspiration vient de Singapour, où, grâce au programme « SkillsFuture », le système éducatif relie les compétences, l'apprentissage tout au long de la vie et les soins de santé. Avec une espérance de vie en bonne santé de 74 ans, le pays devance la Belgique de 11 ans.

Recommandations politiques concrètes

Le rapport formule quatre recommandations politiques concrètes afin de recentrer l’enseignement sur sa mission fondamentale : préparer les jeunes à la vie et leur donner les outils nécessaires pour faire face aux défis qu’ils rencontreront tout au long de leur parcours.

  1. Développer un système national de « skill intelligence » basé sur la méthodologie PIAAC, élargi à la littératie en santé et aux compétences socio-émotionnelles.
  2. Intégrer la « vie compréhensive » dans l'enseignement, en commençant par des projets pilotes dans divers types d'écoles et régions.
  3. Créer des parcours d'apprentissage flexibles pour les adultes en situation d'analphabétisme fonctionnel via les médecins généralistes, les CPAS et le VDAB.
  4. Renforcer la collaboration entre l'enseignement, le monde du travail, le bien-être et les soins, au-delà des compétences fragmentées.

« Il ne s’agit pas ici de plaider pour la suppression des mathématiques ou des sciences en tant que domaines de connaissance dans notre enseignement », précise Johan Albrecht. « Mais un nouvel équilibre s’impose. La transmission des connaissances reste essentielle, mais chaque élève doit également apprendre à payer une facture, à comprendre sa santé et à faire face à l’adversité. Ces deux ambitions ne s’excluent pas mutuellement, elles se renforcent l’une l’autre. »

Skill intelligence en begrijpend leven FR.pdf
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