De Wever I
Après 236 jours, un accord a été conclu : De Wever I est une réalité. La Belgique est à un tournant, et le pays espère une gouvernance forte et déterminée. Les défis sont immenses et urgents, mais les opportunités le sont tout autant. En tant que think tank doté d’une expertise approfondie, nous voyons non seulement les risques, mais aussi les leviers de progrès. Le verre est à moitié plein, mais la complexité reste le prix à payer. De nombreuses questions subsistent quant à l’exécution des mesures et à un volontarisme budgétaire marqué. L’équilibre budgétaire tiendra-t-il, et le gouvernement pourra-t-il réellement mettre en œuvre ses ambitions ?
- La prise de conscience de la nécessité et de l’urgence est enfin là. Mais trop de temps a été perdu dans des négociations interminables, et la mise en œuvre de nombreuses réformes entraînera de vives protestations tout en nécessitant des moyens et des capacités conséquents. Par ailleurs, ce gouvernement est en réalité un gouvernement de crise pour un peu plus de deux ans. Ensuite, la pression électorale primera, à moins qu’une crise internationale ne vienne redistribuer les cartes.
- La maladie du volontarisme budgétaire persiste : cette coalition parie sur un ralentissement de la croissance des dépenses de pension, sur les effets de retour d’une activation renforcée et du prolongement des carrières, ainsi que sur la réforme fiscale, tout en maintenant la norme de croissance des soins de santé. Cette équation peut-elle réellement tenir ?
- Le verre est à moitié plein : plusieurs anomalies qui font de la Belgique un cas unique sur la scène internationale sont abordées. Mais toujours avec des mécanismes complexes : malus et bonus pension, quasi-fin de la prépension, allocations chômage revalorisées puis dégressives dans le temps, limitation des périodes assimilées pour les droits à la retraite, alignement progressif des pensions légales entre statuts ou encore relance du débat sur le nucléaire.
- Certains tabous de la première pilier des retraites tombent en principe, mais avec des exceptions et des périodes transitoires, rendant le système encore plus opaque. Et ce, alors qu’aucune vision structurée n’émerge pour un deuxième pilier solide, garant d’une combinaison équilibrée pour la retraite. La nécessité d’une vision claire sur les carrières longues reste entière, et son absence risque d’alimenter une contestation sociale intense.
- La réussite des objectifs fédéraux nécessitera une mobilisation inter-fédérale : intégration des migrants, activation des malades de longue durée (avec une approche trop centrée sur la pression financière), allongement des carrières pour faire du travail prolongé une réalité plutôt qu’un vœu pieux, activation des chômeurs de longue durée et simplification des innombrables congés thématiques, actuellement rassemblés dans un seul « sac à dos ». Sans cela, la mayonnaise ne prendra pas.
- Les économies réelles sont quasi absentes. Le plafonnement de la croissance des pensions semble être la seule véritable mesure de freinage budgétaire, hormis la suppression anecdotique du Sénat. Il manque une équipe véritablement axée sur les leviers de création de richesse : dérégulation, simplification administrative, stratégie de productivité, compétitivité et investissements stratégiques alignés sur l’agenda européen.
- L’ambition de croissance fait défaut, notamment dans la réforme fiscale. L’amélioration de la rémunération du travail (via un enchevêtrement de nouvelles mesures) est une bonne chose, mais la prise de risque, l’investissement et l’innovation ne sont pas encouragés. En plaçant l’impôt sur les plus-values au cœur de la réforme fiscale, sans l’inscrire dans une refonte plus large et plus simple, le gouvernement envoie un mauvais signal. Cet impôt risque de décourager l’investissement, l’entrepreneuriat et la prise de risque. Comment la Belgique pourra-t-elle se positionner comme un pôle attractif pour les investissements étrangers et les entreprises en croissance ?
- En matière de défense, la réalité est enfin reconnue. Des investissements importants sont prévus, mais atteindre 2% du PIB (et plus tard 3%) reste trop peu et trop tard. La Belgique peut s’attendre à la colère de l’OTAN et de Trump.
- Les syndicats seront dans la rue, mais l’une des plus grandes bizarreries belges, l’indexation automatique des salaires (même en période de forte perte de compétitivité et de désindustrialisation), demeure intouchable. Dans le même temps, le gouvernement espère que les partenaires sociaux trouveront une solution pour la norme salariale et la complexité des commissions paritaires : un pari risqué.
- La Belgique durcit son approche migratoire, une nécessité. Mais serons-nous en mesure d’appliquer ces politiques plus strictes face à des frontières européennes poreuses et à des compétences régionales sur l’intégration ?
La question n’est pas seulement de savoir si les comptes sont justes, mais aussi si nous avons la capacité et l’audace d’utiliser les bons leviers pour transformer cette complexité en un socle solide pour l’avenir de notre pays. Le temps d’agir est venu. Nous sommes prêts, avec notre équipe d’experts, à soutenir le gouvernement dans la concrétisation et la structuration de cette agenda, en toute indépendance.