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Votre retraite bien méritée ? Questions de principe pour une ministre

Dansende gepensioneerden

Votre Excellence, Madame la Ministre

Votre proposition initiale de réforme des retraites a, comme on pouvait s'y attendre, suscité de vives réactions. Votre compétence touche aux cœurs et aux esprits de beaucoup de gens. La vérité dérangeante est que nous avons échoué collectivement : une rangée panachée de ministres, de partenaires sociaux, de citoyens et de leurs représentants. Les baby-boomers prennent leur retraite depuis dix ans déjà et nous ne sommes toujours pas préparés. Nous voulons partager avec vous, et avec tous les Belges, certaines de nos préoccupations.

Le défi budgétaire à l'horizon 2030 est assurément pressant. Toute réforme - non seulement des pensions mais aussi des domaines connexes tels que la santé, le marché du travail, les impôts, la formation - doit en tenir compte. Nous avons la responsabilité partagée de créer un pacte durable, cohérent et solidaire dans tous ces domaines, qui relie les personnes nées en 1947 avec, par exemple, celles nées en 1974 et - surtout - avec les jeunes nés en 2001.

Pour la Belgique, il est devenu évident que l'importance du contenu, mais aussi de la bonne méthode, est essentielle pour parvenir à une réforme soutenue. Quand pourrons-nous, en tant que pays, prétendre que nous avons mis en œuvre une réforme durable des pensions ? Comment mesurons-nous le processus et le succès ? Itinera propose que l'avant-projet et le post-calcul de la réforme soient évalués par le Centre d’expertise des Pensions, avec la participation d'experts du Bureau fédéral du Plan, du Service Fédéral des Pensions et de la Banque Nationale. Un système de retraite stable ne doit pas être exposé à l’emprunte politique. On a besoin de mécanismes d'ajustement agiles, connus à l'avance et basés sur des critères objectifs et transparents. Pas d'excuses et pas d’expériences.

Une deuxième clé pour une réforme légitime est de distinguer la question de la conception du système de retraite de celle de son financement. Le dessin doit être clair et lisible. Le succès de l'application MyPension, qui offre aux citoyens une simulation claire de leur pension en fonction de leurs choix individuels, montre que nos gouvernements sont capables de le faire. Au sein des "générations" (lire : années de naissance ou cohortes), il convient de garantir un traitement équitable entre les sexes, le statut social, la carrière ou l'espérance de vie.
Le financement d'un tel système implique une concertation entre des systèmes de bonus-malus sur le marché du travail, des règles communes pour les systèmes des salariés, des fonctionnaires et des indépendants, des interventions dans le secteur des soins (et de la santé) et la lutte contre la pauvreté, des mesures de fin de carrière et les pensions à temps partiel, les incitations fiscales et des contributions solidaires... L'insaisissable taux d'emploi de 80 % n'est rien d'autre qu'un fétiche.

La principale préoccupation que nous voulons partager avec vous, et avec tous les Belges, est la nécessité de restaurer la confiance dans un bon déroulement. Une réforme légitime suppose avant tout que les citoyens les plus concernés soient entendus. Il n'est pas exagéré de comparer cette réforme des retraites avec la transition écologique. Pour les personnes nées en 1947, il s'agit d'un ajustement, d'une indexation. Pour ceux qui sont nés en 2001, il s'agit, au mieux, de préserver leur liberté de mouvement pour relever les défis de leur époque - au pire, il leur semble un hold-up. Cette réforme concerne principalement leurs pensions. S'ils retirent leur "coopération", c'est toute la sécurité sociale sur laquelle repose notre pays qui sera en danger. Nous ne pouvons pas ignorer leurs aspirations.

Le dossier des retraites est trop mûr. Il est temps de lever l'hypothèque - politiquement, socialement et budgétairement. Il est temps de se concentrer sur la construction de l'avenir, et non sur le remboursement du passé.